Dover, and after ? Les premières fois d’Hamed en Angleterre

Une fois le pied posé à Douvres, comment les migrants vivent-ils leurs premières heures au Royaume-Uni ? Quelles réactions, quels premiers réflexes, quels premiers contacts, quels achats ?  Nous avons posé la question à Hamed (le prénom a été changé), un jeune Soudanais de 21 ans, arrivé il y a deux ans.

C’est un garçon au tee-shirt déchiré, à la mode en ce moment à Londres, même par 14 degrés, et qui a déjà adopté l’humour flegmatique de son nouveau pays : « Je suis anglais maintenant. Je n’ai plus froid. » Ses écouteurs blancs aux oreilles et sa casquette noire NY vissée sur la tête, rien ne permet de distinguer Hamed de ses camarades du City of Westminster College. Il prépare le GCSE, l’examen qui précède l’Université, tout en travaillant le soir pour une célèbre marque de livraison à domicile britannique.

Pas mal pour le jeune homme, ex-ouvrier dans une obscure usine de Libye, qui n’avait jamais étudié les maths de sa vie. Deux ans se sont écoulés depuis son arrivée à Douvres, caché entre deux voitures sur un train de marchandises parti de Calais, un matin d’été 2015. Pour nous, il se souvient.

Le premier contact avec les Britanniques

Après une nuit à Calais, Hamed parvient à se faufiler, grâce à un trou dans le grillage, sur un train de marchandises. Deux policiers le voient, lui courent après… trop tard, le train s’est mis en marche. Vers l’Angleterre ? La Belgique ? La Hollande ? Il ne sait pas. Il s’endort. À son réveil, ce ne sont plus des « Allez, allez » qui l’accueillent, mais leur équivalent anglais : « Come out, come out ». « Ce doit être de l’anglais », se dit-il. « What’s your name ? Do you have someone here ? » Destination confirmée. « J’étais fou de joie. »

Son récit :

Le premier réflexe : aller à la police

Pour les nouveaux arrivants, le plus important, c’est de déposer une demande d’asile le plus vite possible : ils n’ont en effet que quelques jours pour le faire. La plupart se précipite donc dans les commissariats de police. Dans le cas d’Hamed, ce sont les policiers qui l’ont emmené dans le police centre, avant de l’accompagner dans un immigration centre, où il a passé sa première journée, à regarder la télé et à discuter avec les autres demandeurs d’asile. C’est là qu’il a effectué sa première interview de demande d’asile, avant de pouvoir sortir, et de bénéficier d’une allocation d’environ 5 livres par jour.

Son récit :

Le premier repas

« English food is so bad. Please don’t taste it ». « La nourriture anglaise est tellement mauvaise, je t’en prie, n’y goûte pas ! »

Entre Hamed et la gastronomie anglaise, on ne peut pas dire que ce fut le coup de foudre. « Et pourtant j’avais extrêmement faim ! Mais c’était si mauvais que je ne pouvais pas manger. Je leur ai demandé : « Donnez-moi du pain plutôt  !” » Le deuxième repas, acheté avec l’allocation ne fut pas tellement plus glorieux. Hamed craque pour des pizzas surgelées, mais : « L’une d’entre elles étaient au porc, j’ai dû la jeter ! »

Son récit : 

Les premiers achats. L’essentiel : une carte sim, et des fruits.

Que faire avec les 5 livres (environ 5.60 euros) par jour octroyées par le gouvernement, quand la vie est si chère en Angleterre ? Le plus important, pour Hamed : une carte SIM avec internet pour joindre ses amis et des fruits. Quelques mois plus tard, avec ses économies, il investit dans une moto. Son objectif : être livreur, afin de mieux gagner sa vie qu’en étant serveur. Il y a un mois, il s’est enfin offert quelque chose pour lui, quelque chose qui lui faisait vraiment plaisir : un piano numérique, dont il rêvait depuis qu’il en a vu un dans l’une de ses familles d’accueil. Il apprend désormais à en jouer tout seul, grâce à des tutos sur Youtube.

Son récit : 

Parmi ses airs préférés, “Lucky star”, issu du film La La Land de Damien Chazelle. Photo : Guillemette HALARD

Premier appel : « Hamid, mon ami, qui lui est resté en France. »

D’Italie, où il a débarqué, à Calais, Hamed a voyagé avec trois amis rencontrés sur la route, deux Libyens et un Tchadien. C’est à celui-ci, resté en France, qu’il téléphone en premier, sitôt un téléphone valide en sa possession. Sa famille, il ne la contactera que deux semaines plus tard. Téléphoner en Arabie Saoudite coûte cher, très cher. « Ils s’inquiétaient beaucoup pour moi. J’étais heureux de les avoir, et triste en même temps, car ils sont si loin de l’Angleterre. Je me suis dit : si j’obtiens les papiers, j’irai les voir. »

Son récit :


Première leçon d’anglais : « Are you kidding me ? Of course my english is good ! »

S’il passe aujourd’hui l’équivalent du bac au Royaume-Uni, le GCSE, en anglais, Hamed a appris la langue tout seul, en regardant des films, quand il était encore en Libye et au Soudan. À son arrivée, les policiers, surpris, le félicitent pour son anglais. Peu de migrants possèdent un niveau suffisant pour se débrouiller au Royaume-Uni, et le gouvernement a institutionnalisé des cours pour les nouveaux arrivants. Des cours, donnés par « quelqu’un qui n’était même pas anglais », qui ont rendu fou Hamed.

Son récit :

 

De Guillemette Halard & Roxane Poulain.

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