« Tout ce que je veux, c’est me sentir chez moi »

Samson(*) est à Calais depuis une semaine. Cet Éthiopien de 32 ans, polyglotte, fils de diplomate, a travaillé pendant six ans en Allemagne comme infirmier. Malgré ça, il n’arrive pas à s’intégrer à la société, alors il décide de reprendre la route : cap sur l’Angleterre. Témoignage d’un homme fatigué de toujours se sentir « étranger ».

  • Quitter l’Allemagne

Samson a quitté son pays à l’âge de seize ans. Il est sur la route depuis plus de quinze ans. Il passe par de nombreux pays, comme le Sénégal ou l’Afrique du sud, puis arrive en France, par avion, avec un visa. De là, il se rend en Allemagne, où il vit pendant six ans. Il n’obtient pas le statut de réfugié, mais a le droit de travailler. « Je n’étais pas un fainéant, j’ai fait des formations et travaillé comme infirmier. Mais je n’étais pas bien intégré, j’étais toujours l’étranger. » Samson se sent « en fuite », il aimerait, quelque part, être le bienvenu.

 

  • Cap sur l’Angleterre

Un jour, Samson décide de quitter l’Allemagne. Il prend le train pour Calais. Il espère atteindre l’Angleterre, où selon lui, l’intégration des Africains est plus facile. Très éduqué, Samson est allé dans un lycée français en Ethiopie, puis à Dakar, au Sénégal. Il parle quatre langues, dont le français. « Je pourrais rester en France, mais je suis dubliné [L’expression fait référence aux accords de Dublin qui régissent les demandes d’asile dans l’Union européenne, NDLR] , comme la plupart d’entre nous. J’ai laissé mes empreintes en Allemagne, donc je peux y être renvoyé à tout moment… »

 

  • En quête d’une identité

Samson ne s’est jamais vraiment senti chez lui. De mère érythréenne, et de père éthiopien, il est considéré comme étranger par le gouvernement éthiopien tout comme par le gouvernement érythréen. Son père, un diplomate membre de l’opposition, est actuellement en prison: « Je ne peux pas retourner en Ethiopie, pour des questions politiques. » Cela fait une semaine que Samson vit à Calais. Comme lui, de nombreux Ethiopiens arrivent ici dans l’espoir de passer en Angleterre. Il y a aussi des Erythréens, des Afghans, des Soudanais. Ses traits sont tirés. Il a déjà essayé de monter dans un camion « avec des amis » mais n’a pas réussi à rejoindre l’Angleterre. Il est fatigué du « cache-cache avec la police ».

Il y a quinze ans, Samson était le fils adolescent d’un diplomate, attaché culturel dans de nombreux pays francophones. Il y a quelques semaines, Samson était infirmier en Allemagne. Aujourd’hui, c’est un migrant à Calais, comme tant d’autres.

Marie-Jeanne Delepaul & Tifaine Cicéron

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