À Calais et Grande-Synthe, les migrants vivent dans l’angoisse

À la frontière franco-britannique, la difficulté des conditions de vie et le stress des opérations de passage de frontière font partie intégrante du quotidien des migrants, qui doivent apprendre à vivre avec la peur au ventre.

Cinq jours par semaine pour Ima, tous les jours pour Ahmed. Les tentatives pour passer la frontière et gagner l’Angleterre rythment et structurent les journées. Comme pour les autres migrants amassés à la frontière franco-britannique. Les essais sont nombreux, mais les succès rares. Alex, Pakistanais arrivé à Calais depuis un mois, raconte. Le stress, l’adrénaline. Et la déception qui a couronné chacune de ses tentatives. Comme cette fois où il s’est caché dans un conteneur pendant des heures, retenant sa respiration, avant de se rendre compte en sortant que le conteneur était revenu… dans le port de Calais.

Même pour ceux qui réussissent à passer, rien ne leur garantit de pouvoir rester : Ima, qui vient également du Pakistan, a traversé une première fois la Manche et est resté plusieurs années en Angleterre, avant que la police ne le renvoie en Grèce, où ses empreintes digitales avaient été enregistrées à son arrivée en Europe. Retour à la case départ pour ce « dubliné » – l’expression fait référence aux accords de Dublin qui régissent les demandes d’asile dans l’Union européenne – qui doit donc franchir à nouveau la frontière.

 

Un stress quotidien

Ce quotidien stressant n’est pas sans impact sur la santé des migrants. « Une pathologie que l’on retrouve très souvent chez eux, ce sont les maux d’estomac », explique une bénévole de Gynécologie sans frontières. Spécialisée dans les soins pour les femmes, l’association s’occupe également de la population masculine de Calais. « Ces douleurs au ventre proviennent tout simplement du stress, de leur angoisse. La police les charge tous les jours, ils leur tapent dessus, ça n’arrange pas les choses. »

« S’ils ne nous laissent pas dormir, et qu’ils ne nous laissent pas essayer, alors qu’est-ce qu’on peut faire ? » – Ahmed

Les descentes policières fréquentes dans les campements sèment en général la panique, d’autant qu’elles peuvent survenir à toute heure du jour ou de la nuit. « La police est arrivée à 4h ce matin, raconte Adam, ancien pêcheur soudanais aux yeux encore bouffis de sommeil, tout le monde s’est mis à courir. » « Quand nous ne sommes pas là, ils viennent gazer nos affaires, quand nous dormons ils viennent pour nous gazer nous », dénonce Ahmed, ancien étudiant en médecine arrivé depuis deux mois d’Afghanistan. « S’ils ne nous laissent pas dormir, et qu’ils ne nous laissent pas essayer (d’aller en Angleterre), alors qu’est-ce qu’on peut faire ? », ajoute-t-il.

Subi à haute dose, et sur la durée, le stress se transforme parfois en problème psychologique plus profond, comme la dépression. Car entre deux essais infructueux, les migrants tuent le temps plus qu’ils ne l’occupent, l’ennui n’est jamais loin. « Je veux bien rester en France si on me donne des documents, mais là, j’ai l’impression de perdre mon temps », souligne Ahmed. « Certains ne veulent même plus passer, ils restent, mais on sent qu’ils ne sont plus vraiment là », relève Yolaine, ancienne infirmière devenue coordinatrice de l’association Salam à Calais. En l’absence de traducteurs, difficile pour les psychologues bénévoles d’aider les migrants en situation de grande fragilité. « Quand ils sont là depuis très longtemps, ils perdent tout espoir. »

Pauline Vallée

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