À Tunis, une formation pour faciliter l’indépendance et l’accès aux soins des migrants

« L’éducation par les pairs » est un nouveau projet de Médecins du monde Tunisie, créé afin de faciliter l’accès aux soins pour les migrants. L’ONG forme une trentaine d’entre eux pour qu’ils diffusent les informations au sein des communautés. Reportage lors de la première formation, consacrée à la santé sexuelle et reproductive.

« Je suis contre ! On ne doit pas simuler un orgasme. » Ariel n’est pas d’accord avec Amee. Cette dernière soutient que ça arrive souvent aux femmes de simuler pour faire plaisir à leur compagnon. Watson, plus partagé, estime que « ça peut arriver si l’homme a insisté mais que l’amour ça doit se faire à deux ». Le débat ne laisse personne indifférent. Autour de grandes tables disposées en U, les trente migrants subsahariens présents à la formation ont en main un carton rouge pour signifier leur désaccord, un carton jaune quand ils hésitent et un vert pour montrer leur approbation. Pendant le cours, plusieurs affirmations sont projetées au tableau afin de créer un débat. « Simuler un orgasme pour faire plaisir à sa/son partenaire » est de loin celui qui mobilise le plus.

Légende : Lors de la formation, les deux formatrices expliquent l’anatomie et le fonctionnement des appareils génitaux. Crédits : C. Pain

Travailleurs, étudiants, ils viennent de Côte d’Ivoire, du Mali, du Congo ou encore de la Mauritanie. Tous sont volontaires pour participer à cette première formation organisée par Médecins du monde. Pendant trois jours, la sexualité, le genre, la contraception ou encore le consentement sont expliqués par Mariem, médecin auprès de l’association. Les encadrants ne tranchent aucun débat, laissant à chaque participant la possibilité de se faire son avis. Mais cette session ne leur est pas uniquement destinée. Grâce au bouche-à-oreille, l’organisation espère toucher un plus grand nombre d’étrangers, notamment ceux en situation irrégulière.

 

La parole, outil de diffusion de l’information

« Le problème, ce n’est pas le manque de structures de soins, c’est que les gens ne savent pas qu’elles existent », explique Amee, Ivoirienne arrivée en Tunisie il y a plusieurs années. Selon elle, le problème d’accès aux soins de santé est dû au manque d’informations. Problème que Médecins du monde tente de résoudre avec l’éducation par les pairs. « On a mis en place ce système d’éducation pour atteindre des gens qui ne se tournent pas vers les institutions ou les organismes habituels », précise Sonia Khelif, chef de projet à Médecins du monde. L’organisation a fait le constat qu’elle ne parvenait pas à atteindre tous les sans-papiers en Tunisie. Elle a donc décidé de s’appuyer sur les réseaux de communautés de migrants subsahariens en Tunisie.

Même pendant la pause déjeuner, les débat continuent. Ariel, à gauche, défend le fonctionnement de son association. Crédits : C. Pain

 

Ce programme, mis en place à Tunis, vise aussi un autre objectif : l’autonomisation. Pour Sonia Khelif, il s’agit de donner les moyens aux migrants « d’être acteurs de leur intégration, et faire en sorte que l’information circule en dehors du cadre institutionnel ». Ainsi, Watson, Hosni, Amee et les autres vont devenir eux-mêmes formateurs au sein de leur communauté.

À plusieurs reprises, Amee interrompt Mariem avec une question. « Je veux comprendre précisément tout ce qui est dit pour transmettre les bonnes informations autour de moi », explique-t-elle. Ce premier essai doit se renouveler lors de quatre prochaines formations autour du VIH, de la santé des étudiants, de la santé mentale et de la couverture universelle.

Dune Froment et Caroline Pain

 

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