Chez Kampos, du foot, de la sueur, et des espoirs

À Saint-Denis depuis douze ans, coach Kampos relance et maintient en forme des footballeurs de tous niveaux et origines. Sous ses ordres, des professionnels confirmés côtoient des amateurs, parfois sans-papiers.

Mettez vous dans l’ambiance de l’entraînement pour la lecture de cet article :

« Celui qui n’a pas faim ne mérite pas de gagner sa vie en jouant ! » C’est ainsi que Kampos, de son vrai nom Bilog Junior, motive ses troupes à la fin de la séance d’entraînement quotidienne. Comme chaque midi, une trentaine de joueurs s’est déplacée au stade Auguste Delaune pour jouer, mais surtout souffrir et transpirer sous la houlette du charismatique coach camerounais. L’attaquant burkinabé Gafar Sirima confirme : « Kampos est strict et ses entraînements sont très durs. Le niveau est bon, mais tu ne viens pas ici pour apprendre à jouer. Plutôt pour être en bonne forme. » International sous les couleurs de son pays, et professionnel en Russie, au FK Tambov, le joueur de 18 ans est l’un des mieux loti du groupe. « Je suis venu pour garder ma condition physique durant la trêve du championnat russe. » Alors que nombre de ses partenaires du jour courent après les petits contrats ou les primes de matchs dans les divisions inférieures du football français.

« Responsabiliser les joueurs »

Ancien gardien de but passé notamment par le Genoa en Italie, Kampos doit son surnom à sa petite taille, une particularité qu’il partage avec Jorge Campos, l’excentrique portier de poche (1,70m) du Mexique durant les années 90. Au sein de son association créée en 2005, il propose tous les jours un entraînement physique et technique aux joueurs qui le désirent, moyennant un euro symbolique par séance. « C’est surtout pour responsabiliser les joueurs. Ici, tous les éducateurs sont bénévoles, explique le maître de cérémonie. Certains jours, il y en a qui ne peuvent pas payer, mais on ne va pas les empêcher de jouer… »

Kampos soumet ses hommes à un entraînement physique intense. Photo : Clément VARANGES

Les encadrants ont des profils divers. Jimmy Jeoboam, ancien professionnel à Laval et au Paris FC, assure les séances du lundi et du jeudi. « Je suis aussi l’homme à tout faire de l’association », rigole celui qui a porté les couleurs d’Haïti durant sa carrière. Le reste du temps, il est éducateur des moins de 13 ans du PSG et professeur de sport dans une école primaire. Le vétéran Jacques Moutsi se présente comme le « Zidane camerounais ». « Je savais faire ce que je voulais avec un ballon ! » Il entraînait auparavant l’équipe des Astres de Douala. Elisé, le préparateur physique, est Camerounais lui aussi. C’est un ancien boxeur de bon niveau, encore très affûté. Il est venu en Europe par voie maritime. « Je suis passé par la Libye. J’ai vu des amis se faire tirer dessus. » Aujourd’hui sans situation, il a trouvé avec l’association une raison de se lever le matin : « Faire courir les joueurs, les maintenir en forme, ça me donne un but. » Très pieux, il est également en charge de la prière, effectuée rituellement avant et après chaque séances.

« On accepte tout le monde »

Une prière chrétienne pour des joueurs qui ne le sont pas forcément. Car tous les profils se côtoient chez Kampos. Des hommes de toute l’Afrique francophone bien sûr, mais aussi de France et d’ailleurs. On croise même un Libanais pratiquant le football… américain. « Je suis venu accompagner mon ami Gafar », explique le solide Rayan, avec son étonnant accent burkinabé. « C’est parce que je suis né là-bas », précise-t-il. « Ici, on accepte tout le monde, détaille Jimmy Jeoboam. On ne te demande pas d’où tu viens avant de jouer. »

Professionnels ou amateurs, avec ou sans papiers, ici, tout le monde est sur un pied d’égalité. Photo : Clément VARANGES

Des origines aussi variées que les objectifs des participants. Des professionnels confirmés viennent pour s’entretenir physiquement (« On a même eu Samuel Eto’o », affirme Jimmy), des semi-pros pour faire des entraînements supplémentaires, des joueurs sans club pour garder le rythme, voire se relancer grâce aux matchs amicaux organisés contre des équipes locales. Et il y a tous ceux qui viennent pour le plaisir de jouer, courir et retrouver des amis, une sociabilité, après des parcours parfois compliqués. Abdul, jeune Ivoirien de 20 ans, appartient à cette catégorie. Il joue « depuis six mois » chez Kampos. Blessé, il est tout de même venu assister à l’entraînement, malgré la température fraîche du jour. Peut-être rêve-t-il d’un destin à la Riyad Mahrez, la star algérienne, originaire de la ville voisine de Sarcelles, et éphémère pensionnaire de Kampos avant de connaître le succès…

Christophe Landry et Clément Varanges

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