Comment gérer ses règles sur la route ?

Encore plus tabou que les récits des migrants, les périodes de menstruations des femmes sur les routes migratoires. Elles sont à la fois une expérience stressante et difficile, qui révèle comment ces dernières ont pu tenir sur la route.

En quittant l’Érythrée, Nurah n’avait pas pensé à la difficulté qu’elle aurait à gérer ses périodes de règles.

« Je ne pouvais pas tout emmener en partant, je ne pouvais pas toujours me laver sur la route mais parfois je trouvais un peu d’eau pour m’essuyer… » Son ami juge la question « gênante » : « Elle m’en a jamais parlé et je ne lui avais jamais posé la question, c’est normal qu’elle ait du mal à expliquer devant moi », renchérit-il, d’un ton moqueur. Depuis le démantèlement de la Jungle de Calais, aucune installation hygiénique n’existe pour les migrants.

Les associations qui distribuent les serviettes hygiéniques

Dans le 18e arrondissement de Paris, l’association Agir pour la santé des femmes fait le lien entre les femmes des bidonvilles et celles qui vivent dans la rue en leur donnant accès à des structures de soins. Julia Eid, responsable médicale et sage femme de l’association se rappelle des difficultés lors de la distribution des serviettes hygiéniques aux migrantes : « Nombre d’entre elles préfèrent les serviettes aux tampons, pour des questions pratiques et culturelles. » L’association est en partenariat avec d’autres, notamment Cleaner Cup qui informe les femmes des lieux publics où il est possible de rincer sa coupe menstruelle, ou encore Règles élémentaires qui leur fournit des protections.

« Une fois, j’ai voulu donner un tampon à une mère pour sa fille mais elle n’en a pas voulu parce que sa fille était vierge », raconte Julia. Par ailleurs, les femmes ne viennent pas toujours à des consultations parce qu’elles estiment qu’elles ne sont que de passage à Calais.

Pejna*, une femme kurde dans le camp de Grande Synthe, a tout juste eu le temps de hocher la tête, avec un sourire un peu contrit, pour confirmer qu’elle venait de s’approvisionner en produits hygiénique auprès de l’association Women’s Center.

Absence des règles en cas de crise

Une étude menée aux États-Unis publiée par Jean-Noël Biraben mesure  la variation de la fertilité en période de crise. Elle indique qu’un excès d’exercices, probablement par la fatigue qu’il induit, provoque des « aménorrhées » par déséquilibre hormonal. C’est le cas de certaines jeunes filles qui se préparent par des exercices trop intensifs aux examens de professeur d’éducation physique et des professionnelles qui se livrent à un sport de compétition.

Le rapport indique également que le stress ajouté à la fatigue exceptionnelle et à un déficit alimentaire important semblent être à l‘origine de l’arrêt des règles et de l’ovulation avec stérilité concomitante. Un phénomène observé sur le terrain par la sage femme d’Agir pour la santé des femmes.

*Le prénom a été modifié.

 

Fanny Evrard & Ange Kasongo

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