Le micro-crédit au Sénégal: un soutien financier pour les familles des disparus

Depuis 2014, le Comité International de la Croix-Rouge a mis en place un programme de micro-crédit afin d’aider les familles de migrants disparus. Une initiative conjuguée à un appui psychologique. Au Sénégal, dans la banlieue dakaroise de Thiaroye où « tout le monde connaît quelqu’un qui a disparu en mer », ces projets donnent à ceux restés sur la côte une raison de croire en l’avenir.

Elles sont une quarantaine. Les couleurs vives des robes et des bijoux tranchent avec le blanc sali des chaises en plastique et le gris morne typique des constructions inachevées de Thiaroye. Elles préparent le Tiepp, plat national sénégalais à base de riz et de poisson farci aux épices. Au visiteur non averti, rien ne laisse penser que ces femmes souriantes et bavardes ont toutes perdu un fils ou un mari.

Organisé par le Comité International de la Croix-Rouge (Cicr), le banquet clôt un programme de quatre ans, destiné à soutenir les familles des migrants disparus en mer. En tout, 51 femmes ont bénéficié du programme de micro-crédit. Si l’argent ne guérit pas les coeurs, il est ressorti de l’étude des besoins « une dimension économique qui a été prise en compte », souligne Nicolas Mendy, en charge du projet.

Volailles, poissons, tissus, cosmétiques : grâce au programme de micro-crédit de la Croix-Rouge, ces femmes ont pu lancer leur commerce après avoir perdu ceux qui subvenaient à leurs besoins. Photo: M. Landaz

Car c’est souvent le fils aîné qu’elles ne reverront plus. Celui qui, à la force de ses bras, nourrissait la famille. « Un non-retour sur investissement pour la communauté », explique Nicolas Mendy, alors que de nombreux parents avaient largement contribué à financer le départ de leurs fils, troquant bétails et terres contre un horizon incertain : l’Europe.

Dans l’angle de la cour, Awa Nieng, regard noir plongé dans les yeux de son petit-fils, est de celles-ci. Pour la poissonnière, le programme de la Croix-rouge a été une renaissance : « Grâce au micro-crédit du CICR, je me suis lancé dans le business de l’huile d’Argan. »

« Grâce à mes nouveaux revenus, j’ai construit trois nouvelles chambres pour les louer ». Awa, bénéficiaire du programme du CICR. NP

Aujourd’hui, elle assure avoir doublé son salaire de vendeuse : « Les bons mois, je gagne autant avec le poisson qu’avec l’huile. » 500 000 CFA (760€) en tout, 4,5 fois le salaire moyen Sénégalais. Des revenus confortables qui lui permettent de subvenir aux besoins de ses trois enfants. « Mon fils est même parti faire ses études au Maroc », sourit-elle.

Une petite victoire pour l’ONG, même si « le but du programme n’est pas de prévenir les départs. Après, c’est surement une conséquence indirecte », admet Nicolas Mendy. Pour ces femmes et leurs familles, ce programme vise avant tout à leur redonner confiance en l’avenir. Et Awa l’assure, « aucun ne veut entendre parler de migration.»

Mahaut Landaz, Noé Pignède & Marième Soumaré

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